Activité Physique et Dépression
La Dépression, de quoi s'agit-il ?
Les variations de l’humeur qui naissent face aux divers évènements du quotidien ne sont pas inquiétantes. C’est à partir d’une humeur négative qui perdure que l’état dépressif peut s’installer. Celui-ci peut être léger, modéré ou sévère. La dépression est de ce fait, une maladie psychosomatique due à un dérèglement de l’humeur. Elle peut se caractériser par des :
- Symptômes psychiques : tristesse dépressive (incapacité à éprouver du plaisir, morosité …), anxiété (sensation de tension intérieure/ de danger imminent), troubles cognitifs (difficulté à se concentrer, fatigabilité, …).
- Symptômes comportementaux : ralentissement psychomoteur (sensation de fatigue dès le réveil), paralysie de la pensée et de l’action (survient dans le cas extrême du ralentissement psychomoteur), idée suicidaire, troubles du comportement (irritabilité, troubles alimentaires, etc).
- Symptômes somatiques : perte de poids, troubles du sommeil, de la libido, et/ou digestifs, cardiovasculaires.
Autant de troubles qui font que la vie sociale du sujet peut en être entachée. (OMS)
Le diagnostic
Le diagnostic de la dépression n’est pas évident. Le patient peut consulter son médecin pour des troubles somatiques, dans ce cas c’est au médecin de faire un possible parallèle avec une dépression. Il existe diverses échelles évaluant la sémiologie et l’évolution de la dépression avant et pendant traitement comme l’échelle d’Hamilton, le Beck Depression Inventory ou encore l’échelle de dépression de Montgomery et Asberg. Ces questionnaires recouvrent par leurs items les symptomatologies présentent et leurs degrés d’implications. Grâce à ce type de questionnaire, la sévérité de la maladie peut être connue.
Les mécanismes
Mais alors que se passe-t-il physiologiquement (entre autre) dans notre cerveau quand quelqu’un est dépressif ? Il s’avère que les personnes dépressives présentent une plus forte concentration sanguine en cytokines pro-inflammatoires (comme : l’interleukine -1β, interleukine -6, TNF – α facteur de nécrose humorale, etc). Cette forte concentration engendre une réduction significative de l’expression du gène de la protéine BDNF (Facteur Neurotrophique Dérivé du Cerveau) dans le cortex préfrontal et l’hyppocampe pouvant même causer son atrophie. Une augmentation de cette même protéine dans les noyaux accumbens vient symboliser la dépression. Le BDNF fait partie intégrante des mécanismes de plasticité c’est-à-dire qu’elle a rôle dans la potentialisation à long terme, l’apprentissage, la mémoire, etc. Un déficit en BDNF entraine alors des difficultés dans ces domaines. De plus, l’hyppocampe est le lieu de stockage et d’apprentissage des nouvelles informations, son atrophie engendre donc d’importants dommages.
Belujon et collaborateurs se sont intéressés dans leur étude à l’anhédonie, ce symptôme qui se caractérise par une incapacité à ressentir des émotions positives et par un désintérêt diffus. Il semblerait que dans ce symptôme, les mêmes zones cérébrales vues au-dessus seraient impliquées, mais il serait principalement dût à une baisse d’activité des voies dopaminergiques. Cette diminution en dopamine est due à une expression modifiée du récepteur de la dopamine au sein des structures limbiques et engendre des dysfonctionnements, entre autre dans l’éveil de la motivation et le système de récompense. L’épuisement des neurotransmetteurs comme la dopamine, la sérotonine (a un rôle dans le sommeil et l’humeur) et la noradrénaline (a un rôle dans l’attention, l’apprentissage, les émotions) contribue aux symptômes dépressifs, comme tous ces mécanismes résumés plus haut.
Effets de l'activité physique
Les traitements accompagnants les personnes dépressives sont des thérapies cognitivo-comportementale, thérapie interpersonnelle, les antidépresseurs et l’activité physique. Cette dernière à largement fait ses preuves en jouant notamment sur la concentration en BDNF. En effet, Cotman et Berchtold ont montré chez les rats, que ceux qui étaient actifs présentaient une plus forte concentration en BDNF que des rats sédentaires. Ceci est d’autant plus vrai, que les rats parcourant une plus longue distance présentaient une augmentation encore plus forte de BDNF dans l’hippocampe que des rats actifs avec une moins bonne performance. Or, le BDNF étant responsable de la neurogenèse, cette étude laisse à penser que l’activité physique favorisant la sécrétion de la protéine BDNF va agir sur la taille de l’hippocampe, améliorant ainsi l’apprentissage, la mémoire mais aussi l’augmentation de la synthèse de dopamine. Dans le cas de la dépression ces effets sont aussi valables et viennent contrebalancer le déficit en BDNF et donc en dopamine.
Des études ont montré que des personnes physiquement actives pouvaient réduire de 25 à 40% le risque de développer des symptômes dépressifs. Le dernier rapport Cochrane « Exercise for depression » rapporte que l’activité aérobie et de renforcement musculaire ont un impact sur les symptômes de la dépression. D’autre part, nous savons que l’activité physique joue un rôle essentiel dans l’accroissement de l’estime et de la confiance en soi mais aussi dans la construction de lien social si elle est pratiquée en groupe. Là est aussi tout l’enjeu de la dépression. En effet, l’isolement, le renfermement sur soi sont des éléments visibles dans cette maladie et il est important de passer outre, en renouant avec l’entourage et en se re-sociabilisant. Ce changement des habitudes de vie peut être délicat notamment lorsque la motivation n’est pas présente mais il est primordial.
Les recommandations
- Renforcement musculaire : 3 séances de 60min par semaine pendant 8 semaines minimum.
- Exercice aérobie (cyclisme, marche, course à pied, aviron, danse, …) d’intensité modérée à élevée au moins 3 séances par semaine de 30 à 40min pendant 8 à 12 semaines minimum.
Ces recommandations concernant la dépression ont pour but de réduire les symptômes dépressifs. Les programmes présentent une durée limite, mais il est bien entendu conseillé de poursuivre ce mode de vie d’une pratique d’activité physique régulière afin de prévenir d’autres problématiques de santé.
Précaution(s)
Bien entendu, il se peut que le programme d’activité physique ne suffise pas à guérir la personne dépressive. C’est pourquoi il est important et nécessaire que la personne soit suivie médicalement en parallèle, afin de mettre en place d’autres traitements si besoin est.
Concernant l’activité physique, il semblerait qu’il soit recommandé certaines précautions notamment si des troubles de l’alimentation sont présents avec une insuffisance pondérale. Il nécessite alors un contrôle strict en liaison avec un apport nutritionnel suffisant. Dès lors l’activité physique peut être pratiquée en toute sécurité.
Ce qu'il faut retenir
- La dépression s'expliquerait par une diminution d'une protéine : le BDNF. Protéine impliquée dans les mécanismes de mémoire et d'apprentissage.
- Réponse en cascade : les taux de neurotransmetteurs comme la dopamine, la sérotonine et la noradrénaline décroissent. Justifiant certains symptômes de la dépression.
- L'activité physique vient compenser ce déficit, en activant la sécrétion de BDNF. Relançant l'activité neuronale et atténuant les symptômes de la dépression.
- Les recommandations sont de 3 séances de 60 min de renforcement musculaire par semaine et 3 séances d'exercice aérobie de 30 à 40 min par semaine et ce, pendant 8 semaines minimum.
Références
Belujon, Pauline, et Anthony A. Grace. 2017. « Dopamine System Dysregulation in Major Depressive Disorders ». The International Journal of Neuropsychopharmacology 20(12): 1036‑46.
Cotman, Carl W., et Nicole C. Berchtold. 2002. « Exercise: A Behavioral Intervention to Enhance Brain Health and Plasticity ». Trends in Neurosciences 25(6): 295‑301.
Duman, R. S., G. R. Heninger, et E. J. Nestler. 1997. « A Molecular and Cellular Theory of Depression ». Archives of General Psychiatry 54(7): 597‑606.
Andersson, Eva et al. 2015. « Fysisk aktivitet lika bra som KBT eller läkemedel vid depression ».
Hamilton, Max. 1960. « A RATING SCALE FOR DEPRESSION ». Journal of Neurology, Neurosurgery, and Psychiatry 23(1): 56‑62.
Montgomery, S. A., et M. Asberg. 1979. « A New Depression Scale Designed to Be Sensitive to Change ». The British Journal of Psychiatry: The Journal of Mental Science 134: 382‑89.
Phillips, Cristy. 2017. « Brain-Derived Neurotrophic Factor, Depression, and Physical Activity: Making the Neuroplastic Connection ». Neural Plasticity 2017.
Salkind, M. R. 1969. « Beck depression inventory in general practice. » The Journal of the Royal College of General Practitioners 18(88): 267‑71.
Zhang, Ji-chun, Wei Yao, et Kenji Hashimoto. 2016. « Brain-derived Neurotrophic Factor (BDNF)-TrkB Signaling in Inflammation-related Depression and Potential Therapeutic Targets ». Current Neuropharmacology 14(7): 721‑31.



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