Activité Physique et Diabète

Focus sur le diabète
Le diabète est une maladie caractérisée par la présence d’une hyperglycémie (augmentation du taux de sucre dans le sang). En tant normal l’hyperglycémie provoque une réponse du pancréas par la sécrétion d’une hormone appelée insuline. Celle-ci a donc pour rôle de rétablir l’équilibre et va agir de façon à ce que cette glycémie diminue (nous parlerons de son mécanisme un peu plus loin). Dans le diabète la présence chronique d’hyperglycémie s’explique par un défaut de la sécrétion de l’insuline ou de son action ou bien des deux. Un tel trouble métabolique engendre de multiples complications si la glycémie n’est pas rapidement régulée (par les traitements). C’est alors que les yeux (rétinopathie), les reins (néphropathie), une perte de sensibilité (neuropathie), des pathologies cardiovasculaires (coronaropathies ou insuffisance cardiaque) peuvent être touchés engendrant des handicaps divers.
Le(s) diagnostic(s)
Les critères diagnostiques de diabète sont au nombre de quatre, si l’un d’entre eux est observé alors le diagnostic peut être posé :
- Une glycémie à jeun ≥ 1,26 g/L (aucun apport calorique depuis au moins 8 heures)
- Un taux d’Hémoglobine glyquée notée HbA1c ≥ 6,5% (chez les adultes)
- Une glycémie après 2 heures d’ingestion de 75g de glucose ≥ 1,98 g/L
- Une glycémie aléatoire ≥ 1,98 g/L (à tout moment de la journée).
La glycémie étant plus familièrement connue comme le taux de sucre dans le sang, est déterminée par une prise de sang veineuse. Il est considéré qu’une glycémie à jeun supérieure ou égale à 1,26 g/L ou qu’une hémoglobine glyquée supérieure ou égale à 6,5%, peut être signe d’un diabète, cette dernière représentant une moyenne glycémique des trois derniers mois.
Mécanismes
Il existe différents diabètes dont les plus connus sont le diabète de type 1 et de type 2. Mais alors quelle différence existe entre ces deux maladies ?
Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune. Les anticorps vont alors se retourner contre les cellules β du pancréas (cellules productrices de l’insuline) situées dans les îlots de Langerhans (partie du pancréas assurant sa fonction endocrine).
Le diabète de type 2 quant à lui est une maladie alliant une insulino-résistance et un défaut de la sécrétion d’insuline aussi bien qualitativement que quantitativement. C’est-à-dire que l’insuline sera non seulement en difficulté à faire décroître la glycémie mais aura aussi du mal à être capté par les muscles. Insuline ? Muscles ? Quel rapport me direz-vous ?
Et bien c’est simple, la fonction de l’insuline est de faire baisser cette glycémie trop élevée. Or, qu’est-ce qui est gros consommateur de sucre dans l’organisme ? BINGO ! Les muscles ! Lorsque l’insuline est sécrétée, elle va se fixer sur des récepteurs (GLUT-4) présents sur les muscles et va agir comme une clé, ouvrant ainsi la porte pour que le muscle puisse puiser du sucre dans le sang. Le problème qui se pose dans le diabète, est donc que par cette destruction des cellules β, le taux en insuline est moins fort mais aussi moins performant ce qui fait qu’elle n’arrive plus à assurer sa fonction de clé au niveau des récepteurs musculaires.
Effets de l'activité physique
Vous avez compris ce qui s’en suit ? L’activité physique étant consommatrice de glucose (par activation musculaire), va entrainer une diminution de la glycémie ce qui va faciliter la captation du glucose par les muscles. Ce processus est possible grâce à une augmentation quantitative des récepteurs GLUT-4 grâce à l’activité physique. Cette dernière améliore donc la sensibilité à l’insuline ce qui se traduit par une diminution de l’hémoglobine glyquée (HbA1c) corrélée avec une diminution de la masse grasse viscérale et sous-cutanée abdominale.

Bajpeyi et al. (2009) ont même mis en évidence les effets entre l’action de l’insuline et l’entrainement physique selon l’intensité et le volume de pratique. Ainsi, après 8 mois d’entrainement et 15 jours de cessation, les groupes : faible volume/intensité modérée et volume élevé/intensité vigoureuse ont obtenu une valeur de l’action de l’insuline significativement plus élevée qu’en condition pré-entrainement. Alors que le groupe d’exercice faible volume/intensité vigoureuse n’a pas obtenu de valeur significativement différente de la situation pré-entrainement. Ils en ont conclu qu’il y avait « une certaine persistance de l’amélioration de l’action de l’insuline induite par l’entrainement même après 15 jours d’arrêt de l’entrainement chez des individus diabétiques d’âges moyens en surpoids ou obèses », dans ces conditions. Et oui vous avez bien compris, si vous êtes diabétiques d'âges moyens en surpoids ou obésité une activité physique régulière même légère aura des bienfaits sur l'action de votre insuline.
L'activité physique a aussi des tendances "protectrices" face aux maladies cardiovasculaires dont peuvent être sujets les diabétiques. En ce qui concerne la prévention des complications comme la néphropathie (problématique au niveau rénal) l'impact de l'activité physique est très controversé. Il semblerait que l'apparition de la neuropathie sensitivomotrice puisse être diminuée grâce à une pratique régulière de 4 heures de marche d'un pas vif par semaine.
Il vaut mieux prévenir que guérir, et la mise en place d'une activité physique régulière doit être appliquée dans le mode de vie de toutes les personnes diabétiques (et non diabétiques aussi d'ailleurs). Dans un cadre général : « l’observance du dépistage, de l’activité physique et des lignes directrices sur les médicaments étaient associées à de plus faibles risques de complications du diabète et de décès. » selon la conclusion de l’étude de Chen et al (2015).
Les recommandations
Concernant les recommandations de l’activité physique pour les diabétiques, la Société Francophone du Diabète (SFD), et l’American Diabetes Association (ADA), proposent toutes les deux les recommandations suivantes basées sur les connaissances vis-à-vis du volume d’activité physique nécessaire à l’obtention de bénéfices sur la santé. Il s’agit des mêmes recommandations que celles de santé publique actuelles c’est-à-dire :
- 150 à 300 minutes par semaine d’activité physique d’endurance d’intensité modérée,
- ou 75 à 150 minutes par semaine d’activité physique d’endurance d’intensité plus élevée,
- ou une combinaison des deux afin d’atteindre 500 à 1000 MET minutes par semaine.
- et 2 séances hebdomadaires non consécutives d’activité de renforcement musculaire.
Les précautions
L’activité physique reste relativement accessible aux patients diabétiques, sauf contre-indication médicale ou d’importantes complications du diabète. Il est notamment recommandé de faire un contrôle glycémique avant et après la pratique parfois même pendant si des symptômes d’hypoglycémie apparaissent. Il faut noter que certains traitements peuvent engendrer des hypoglycémies pendant l’activité comme les sulfonylurées qui sont des sécrétagogues de l’insuline c’est-à-dire qu’ils augmentent la sécrétion d’insuline. Les antidiabétiques oraux quant à eux comme la Metformine et Galvus, ne provoquent pas d’hypoglycémie. Un patient acteur de son traitement saura l’adapter selon les évènements de sa journée, d’où l’utilité et l’importance de l’éducation thérapeutique.
Ce qu'il faut retenir
- Le diabète est une maladie due à un dysfonctionnement du pancréas et de son hormone : l'insuline. Elle se caractérise par une hyperglycémie (taux élevé de sucre dans le sang) chronique.
- L'insuline agit comme une clé au niveau des récepteurs musculaires pour que les muscles puissent capter le glucose et faire baisser la glycémie.
- L'activité physique est consommatrice de sucre par l'activation musculaire. Et favorise la sensibilité à l'insuline par l'augmentation des récepteurs GLUT-4.
- Les recommandations varient selon l'intensité de l'activité mais définissent un minimum de 150 min d'activité physique d'intensité modérée (moins s'il s'agit d'intensité vigoureuse), qui peut être associé à 2 séances de renforcement musculaire.
- Il faudra être vigilant à contrôler la glycémie avant et après activité et parfois pendant pour anticiper les hypoglycémies.
Réferences
Bajpeyi, Sudip et al. 2009. « Effect of exercise intensity and volume on persistence of insulin sensitivity during training cessation ». Journal of Applied Physiology 106(4): 1079‑85.
Chen, Yiqun, Frank A. Sloan, et Arseniy P. Yashkin. 2015. « Adherence to diabetes guidelines for screening, physical activity and medication and onset of complications and death ». Journal of Diabetes and its Complications 29(8): 1228‑33.
Colberg, Sheri R. et al. 2016. « Physical Activity/Exercise and Diabetes: A Position Statement of the American Diabetes Association ». Diabetes Care 39(11): 2065‑79.
Duclos, M. et al. 2013. « Physical activity and type 2 diabetes. Recommandations of the SFD (Francophone Diabetes Society) diabetes and physical activity working group ».
Grillon, J.-L, et F Depiesse. 2016. Diabète de type II et activité physique. 2e Edition.
Wémeau, J.-L. 2014. Les diabètes atypiques - Endocrinologie, Diabète, Métabolisme et Nutrition pour le Praticien - Chapitre 17.



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